Par Félix Briaud, Urbanomy
08/04/2024

Les personnes férues de littérature française auront ici saisi la référence à Gargantua, deuxième roman de François Rabelais, publié en 1534.

Mais ici s'arrête le parallèle.

Car près de 500 ans plus tard, l’initiative Science Based Targets (abréviée SBTi en anglais ou iSBT en français), ne plaide pas pour une réforme de l’éducation mais pour une cause bien plus pragmatique : l’adoption, par les entreprises, d’objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre en conformité avec les connaissances scientifiques sur le réchauffement climatique.

Disons les choses plus simplement : définir une stratégie environnementale, c’est bien ; s’assurer qu’elle contribue à l’atteinte d’une trajectoire de 1,5°C maximum d’augmentation de la température moyenne mondiale d’ici à la fin de notre siècle, c’est mieux.

Au commencement était la COP21

L’initiative SBT a déjà neuf ans et elle est née en 2015, dans le contexte de la 21ème conférence des parties sur les changements climatiques qui déboucha sur l’Accord de Paris. Accord historique puisque c’était la première fois depuis la signature du protocole de Kyoto, en 1997, que les économies les plus importantes de la planète se mettaient d’accord sur une série d’engagements à tenir en matière de lutte contre le dérèglement climatique.

Au premier rang de ces engagements, celui de limiter, d’ici à 2100, le réchauffement entre 1,5°C et 2°C par rapport à la moyenne préindustrielle - période correspondant à la seconde moitié du 19ème siècle.

Comment la COP de Paris est-elle parvenue à mettre tout le monde d’accord ? En actant le principe de la collaboration et des engagements volontaires, au moyen des Intended Nationally-Determined Contributions, ou INDCs, qui se sont ensuite muées en NDCs, ou CDN en français - cet acronyme se traduisant par "Contributions Déterminées au niveau National".

La vocation de ces CDN est qu’elles soient soumises par les 195 signataires de l’Accord de Paris puis actualisées tous les cinq ans. Ceci afin d’atteindre l’objectif de long terme de hausse de la température de 1,5°C maximum, fixé pour l’année 2100.

Saluons d'ailleurs le fait, selon le registre des CDN consulté en ce début d'année 2024, que 179 des 195 pays signataires de l’Accord de Paris - soit 92% d'entre eux - respectent pour l'heure cet engagement, pris en 2015 lors de la COP21, d'actualiser ces contributions au moins une fois tous les cinq ans.

Et c’est donc la même année que la COP21 qu’un partenariat est noué entre le Carbon Disclosure Project (CDP), le Fonds mondial pour la Nature (WWF), le Pacte mondial des Nations Unies et le World Resources Institute (WRI, organisation qui a par ailleurs cofondé le GHG Protocol, le cadre réglementaire pour définir les émissions de gaz à effet de serre) afin de former la Science Based Targets Initative, ou SBTi.
 

Logo SBTi pour article

Logo de la Science Based Targets Initiative, ou SBTi
 

L’ambition de cette initiative est claire : par le développement de standards, d’outils et d’accompagnements, elle veut convaincre les entreprises et les institutions financières de s’engager, comme les gouvernements s’engagent au travers des CDN, à jouer un rôle dans la crise climatique.

Neuf ans plus tard, l'initiative porte ses fruits

Concrètement, il s’agit pour l’initiative SBT d’être l’organe qui valide - ou non - les objectifs déposés par les entreprises auprès du Carbon Disclosure Project (CDP), l’une des quatre entités cofondatrices de SBTi.                

Selon le tableau de bord de la Science Based Targets Initiative, plus de 8 200 sociétés ont déjà fait parvenir des cibles de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. L’initiative SBT a validé un peu plus de 5 100 déclarations dont elle considère que les objectifs sont cohérents avec les connaissances scientifiques. Soit un taux de succès de 62%, selon des chiffres consultés au début du mois d’avril 2024.                

Pour établir des cibles "science based", c’est-à-dire fondées sur la science, les entreprises doivent notamment :          
 
  • choisir une année de référence représentative de ses émissions de gaz à effet de serre (et qui ne peut pas être antérieure à 2015)          
     
  • choisir une année d’atteinte de ces émissions (détail plus bas)          
     
  • s’assurer que son objectif soit compatible avec l’inventaire des gaz à effet de serre de l’entreprise          
     
  • sélectionner la cible la plus ambitieuse, grâce aux outils de modélisation fournis par SBTi         

     
Afin d’établir une cible court-terme, une entreprise qui souhaite s’engager dans une procédure de reconnaissance tamponnée SBTi doit en outre respecter certains critères :          
 
  1. Les cibles doivent couvrir un spectre de 5 ans minimum et 10 ans maximum à compter de la date de dépôt de l’engagement pour validation         
     
  2. La réduction des émissions des scopes 1 et 2 doivent être cohérentes avec une trajectoire de décarbonation à +1,5°C maximum        

    Le scope 1, c’est le périmètre des émissions directes, par une entreprise, de gaz à effet de serre, comme le chauffage des locaux, la consommation de carburants des véhicules de la société ou encore les fuites de gaz frigorigènes liées à la climatisation ou à des réfrigérateurs, par exemple.
    Quant au scope 2, il s’agit des émissions indirectes liées aux consommations énergétiques, comme l’électricité consommée qui ne génère pas d’émissions de CO2 sur le lieu de l’entreprise -néanmoins cette électricité a généré des émissions lors de sa production.      
     
  3. Si le scope 3 d’une entreprise représente au moins 40% de ses émissions totales, une cible spécifique doit être définie et couvrir au moins deux tiers des émissions de ce scope 3    

    Le scope 3, ce sont toutes les autres émissions indirectes de gaz à effet de serre sur lesquelles une entreprise n’a pas de contrôle direct. Il peut s’agir des émissions liées aux achats qu’effectue cette entreprise, des déplacements domicile-travail de ses salariés ou encore des émissions associées au cycle de vie des produits fabriqués par l’entreprise : distribution, utilisation, recyclage…Le scope 3 est non seulement complexe à calculer mais il représente également, de manière générale, la part la plus élevée des émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise. Il n’est pas rare de voir ce pourcentage atteindre 70%, voire presque 100% dans le cas du secteur de l’événementiel - du fait des déplacements des visiteurs pour se rendre à l’événement.  
     
  4. Les cibles définies doivent être passées en revue, et à nouveau calculées et validées, si nécessaire, tous les cinq ans au minimum. Cette fréquence n’est pas sans rappeler les Contributions Déterminées au niveau National à la suite de la COP21
     
  5. Les crédits carbone et les émissions dites "évitées" ne comptent pas dans l’établissement de cibles SBTi

Une initiative mouvante et qui fait encore l'actualité

Il y a quelques semaines à peine, l’initiative SBT a d’ailleurs fait parler d’elle en changeant le statut de 239 entreprises à "commitment removed" ("engagement retiré"), en une seule et même fois.  

À l’origine de cette décision plutôt radicale, un changement de politique de la part de SBTi datant de l’année dernière : les entreprises candidates doivent désormais soumettre leurs cibles à validation dans les 24 mois suivant le dépôt de leur engagement.  

Certaines entreprises se tournent désormais vers la méthodologie Net Zero Assessment de l’agence de notation Moody’s. Il s’agit d’une évaluation de la trajectoire des émissions de gaz à effet de serre d’une entité par rapport à l’objectif mondial de neutralité carbone. Net Zero Assessment s’intéresse ainsi à trois composantes stratégiques principales : l’ambition de cette entité, la mise en œuvre et enfin sa gouvernance.

Il y a quelques semaines, le groupe EDF - dont Urbanomy est une filiale à 100% - a d'ailleurs vu sa trajectoire de réduction des émissions de CO2 certifiée par cette méthodologie Moody’s à +1,5°C maximum.
Photo Félix Briaud
L'auteur

Félix Briaud

Félix est le responsable communication, marketing & RSE d’Urbanomy.
Journaliste durant dix ans, il a ensuite bifurqué vers la data appliquée à la publicité digitale. Ce n’est que récemment qu’il s’est convaincu, en rejoignant le cabinet, de mettre en adéquation sa vie professionnelle avec ses convictions personnelles au sujet de l'environnement.
En dehors de cela, Félix est fou de musique - particulièrement de la période allant des années 1950 aux années 1970. Dans ce domaine comme dans d’autres, il regorge d'anecdotes et sera sans aucun doute ravi de vous en raconter une ou deux.

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